« C’est facile pour le médecin, plus difficile pour le pharmacien, mais une plus-value absolue pour tout le monde »

#reciperereviewed : Rencontre avec Dr Marc Moens (partie 1)

La dématérialisation de la prescription électronique est un fait depuis la moitié du mois de septembre 2021. Pour les médecins, le nouveau système ouvre des possibilités intéressantes, de la réduction de l’utilisation de papier à un meilleur suivi de la consommation de médicaments des patients. Le patient, de son côté, peut être plus actif dans la gestion de ses traitements. Dans cette série, d’importantes parties prenantes au processus nous éclairent sur les avantages et les défis de la prescription dématérialisée.

Comment la prescription dématérialisée fonctionne-t-elle dans la pratique ? Quels sont ses principaux avantages et les plus grands défis qu’elle implique ? Et que peut-on attendre de l’avenir ? Nous avons posé la question au Dr Marc Moens, président l’asbl Recip-e. 

  • Dans la première partie, nous observions la prescription dématérialisée du point de vue des médecins et pharmaciens.
  • Dans la deuxième partie, nous adoptons le point de vue du patient.

Les avantages pour le médecin

La dématérialisation de la prescription offre plus de possibilités à toutes les parties impliquées : le médecin, le pharmacien et le patient. Elle permet notamment une plus grande interaction entre les prestataires de soins entre eux, et entre les prestataires de soins et les patients. Un avantage important pour le médecin, c’est qu’une version imprimée de la prescription n’est plus nécessaire. « Depuis le début de 2020, les médecins ont pris l’habitude de prescrire de manière électronique », explique Dr Moens. « Mais jusqu’à présent, ils devaient toujours remettre une preuve papier au patient. C’était un peu contradictoire. Travailler par voie numérique, mais devoir imprimer une preuve. »

« C’est en informant correctement et clairement les patients sur la prescription dématérialisée que les médecins pourront leur donner confiance dans le nouveau système. »

Le médecin est déchargé de tout tracas administratif. Du moins lorsque le patient opte expressément pour la prescription dématérialisée. « Si le patient souhaite une preuve papier, il y a toujours droit », explique Dr Moens. « Nous constatons que de nombreux patients se sentent plus à l’aise lorsqu’ils peuvent présenter une preuve papier de la prescription à leur pharmacien. Le médecin ne peut dans ce cas pas contester la décision du patient. Son rôle est en revanche de lui fournir des explications concernant la dématérialisation de la prescription, par exemple la possibilité de suivre la consommation des médicaments en ligne, la plus-value du drapeau de confidentialité, etc. C’est en informant correctement et clairement les patients sur la prescription dématérialisée que les médecins pourront leur donner confiance dans le nouveau système. »

Le médecin peut également voir si le médicament prescrit a bien été retiré, et ainsi parler au patient de l’importance de la prise de ce médicament.  Résultat ? Des soins au patient d’une qualité supérieure.

Les avantages pour le pharmacien

La prescription dématérialisée a également des avantages pour le pharmacien. Dr Moens : « Le pharmacien bénéficie maintenant d’un aperçu global de tous les médicaments prescrits par le médecin. C’est évidemment un avantage considérable pour le pharmacien. Cela lui permet d’engager le dialogue avec le patient : quelles sont les prescriptions en cours, pourquoi un médicament n’a-t-il pas été retiré, quelles sont les priorités et qu’est-ce qui est moins urgent ? »

Un petit effort ?

Les médecins sur le terrain sont déjà très satisfaits du nouveau système. « Toute prescription pour laquelle il n’est plus nécessaire d’imprimer une preuve papier représente une formalité administrative en moins. Cela représente également une économie de coût et un avantage pour l’environnement, » déclare Dr Moens.

Pour les pharmaciens en revanche, le nouveau système est synonyme de plus de travail, surtout au début. « Pour les médecins généralistes, pas grand-chose n’a changé. Ils prescrivent en effet par voie numérique depuis 2020 déjà. La nouveauté, c’est qu’ils ne doivent bien souvent plus fournir de preuve papier », explique Dr Moens. « Pour les pharmaciens, c’est une tout autre histoire. Si auparavant, ils devaient simplement scanner le code présent sur la preuve papier, ils se retrouvent aujourd’hui confrontés à des patients qui viennent récupérer leurs médicaments de différentes manières. Certains utilisent toujours la preuve papier, d’autres une application, et d’autres encore leur carte d’identité électronique ou leur numéro de registre national. »

« Les pharmaciens peuvent donc avoir accès aux prescriptions électroniques de toutes ces manières. Il s’agit d’une toute nouvelle manière de travailler. Nous devons donc donner suffisamment de temps aux pharmaciens pour se familiariser avec tout cela », insiste clairement Dr Moens.

Un effort qui en vaut la peine

Dr Moens est cependant convaincu que les pharmaciens sont prêts à faire cet effort. « Grâce aux nouvelles possibilités, ils sont en mesure de beaucoup mieux guider les patients dans leur consommation de médicaments, ce qui est évidemment le but », explique-t-il. « En outre, le système électronique permet également de numériser le reste du processus administratif, jusqu’à la facturation via les mutuelles. C’est un grand pas en avant. Dans un monde où de plus en plus de choses se font de façon électronique, il s’agit sans aucun doute de la voie à suivre. »