« Le pharmacien a la responsabilité importante d’accompagner le patient »

#reciperereviewed : Rencontre avec Phn Paul Perdieus (partie 2) 

La dématérialisation de la prescription électronique est un fait depuis la moitié du mois de septembre 2021. Pour les médecins, le nouveau système ouvre des possibilités intéressantes, de la réduction de l’utilisation de papier à un meilleur suivi de la consommation de médicaments des patients. Le patient, de son côté, peut être plus actif dans la gestion de ses traitements. Dans cette série, d’importantes parties prenantes au processus nous éclairent sur les avantages et les défis de la prescription dématérialisée.

Comment la prescription dématérialisée fonctionne-t-elle dans la pratique ? Quels sont ses principaux avantages et les plus grands défis qu’elle implique ? Et que peut-on attendre de l’avenir ? Nous avons posé la question au pharmacien Paul Perdieus, secrétaire général de l’Ophaco et membre du Conseil d’administration de Recip-e.

  • Dans la deuxième partie, nous revenons sur les premiers mois de la dématérialisation et nous envisageons l’avenir.
  • Dans la première partie, nous examinions ce que représente la prescription dématérialisée pour le secteur des soins de santé.

L’importance des tests

Le 15 septembre 2021, la prescription dématérialisée était déployée dans toute la Belgique. Mais avant ce déploiement national, nous avons eu droit à une phase complète de test. « Sur papier – sans mauvais jeu de mot (rires) –, la dématérialisation ne semble pas compliquée, mais la chaîne compte tellement de maillons essentiels pour le résultat final, que son implémentation n’est pas aussi évidente que cela », souligne Phn Paul Perdieus. « C’est justement pour cette raison qu’avec Recip-e, nous avons organisé une phase pilote. Étant donné qu’il s’agissait d’un changement qui aurait une réelle influence sur la délivrance de médicaments, nous avons voulu tester le plus de détails possibles. »

Il n’est évidemment pas possible de tout tester en phase pilote. « Nous travaillons avec une sélection d’éditeurs de logiciels, de patients et de pharmaciens. Il n’est donc pas possible de tester la nouvelle solution dans toutes les situations possibles. Des problèmes surviennent donc inévitablement après le déploiement à grande échelle », explique Phn Paul Perdieus. « Ce sont des situations que l’on ne peut pas détecter dans un happy flow1. »

« La complexité de l’ensemble de la chaîne de prescription ne permet pas toujours de détecter immédiatement la cause d’un problème. Cela peut être frustrant pour un pharmacien – qui souhaite aider le patient le mieux possible et ne comprend pas toujours ce qui peut poser problème derrière son écran –, mais chez Recip-e, nous mettons tout en œuvre pour toujours résoudre les problèmes aussi rapidement et efficacement que possible. Tout spécialement à cet effet, nous avons lancé un plan d’action dynamique dans le cadre duquel nous faisons remonter chaque problème de manière ciblée vers l’acteur concerné. » Les services de Recip-e ne fonctionnent en effet pour les utilisateurs finaux que si tous les maillons de la chaîne fonctionnent également (et sont donc connectés numériquement).

Des nouvelles fonctions pour les prestataires de soins et pour les patients, de nombreux messages différents

Outre les défis techniques, il existe également des défis sur le plan de la communication. La communication doit se faire avec les patients, les pharmaciens, les prescripteurs et les éditeurs de logiciels. Chacun de ces groupes a besoin d’informations sur mesure. Cela nécessite les nuances nécessaires. « Certaines parties prenantes pensaient que la preuve papier de la prescription électronique disparaîtrait le 15 septembre 2021 », nous explique Phn Paul Perdieus. « Mais rien n’était moins vrai. Les patients se sont en effet vus proposer de nouvelles possibilités pour récupérer leurs médicaments. Mais la preuve papier a continué d’exister. »

Le passage simultané à « 1 élément par prescription » a également provoqué de la confusion à certains égards, ajoute Phn Paul Perdieus. Dans la plupart des cas, une prescription différente est créée pour chaque médicament, ce qui permet au patient de gérer ses prescriptions de manière beaucoup plus précise qu’auparavant. « Étant donné ce passage à 1 élément par prescription, certains médecins ont cru qu’il valait sans doute mieux passer immédiatement et entièrement au numérique, alors que ce n’était évidemment pas nécessaire dans toutes les situations. Les patients qui ne connaissent pas bien le monde numérique ont besoin de et le droit à une preuve papier. Chez Recip-e, nous avons attiré l’attention des prescripteurs sur ce point par le biais des associations de médecins. »

Une importante nouvelle tâche 

Comment l’Ophaco a-t-elle accompagné ses membres lors du lancement du déploiement national ?  « Comme toujours, nous avons informé nos pharmaciens en détail des modifications dans leur pratique. Nous nous y sommes pris plusieurs mois avant le 15 septembre 2021, et poursuivons sur cette voie aujourd’hui encore, en fournissant des explications générales et en aidant nos membres à correctement gérer certaines situations spécifiques », indique Phn Paul Perdieus. L’Ophaco aide également les pharmaciens à correctement accompagner les patients dans l’ensemble du processus. « Correctement informer et sensibiliser les patients est une importante nouvelle tâche des pharmaciens depuis la dématérialisation. Avec l’Ophaco, nous souhaitons les soutenir et les encourager au mieux dans ce rôle. »

« Avec Recip-e, nous avons travaillé dur cette dernière année pour permettre aux choses de se dérouler de la manière la plus fluide possible. Ce fut une période riche en informations, réunions et communications en continu, avec des changements de dernière minute, inévitables dans le cadre d’un projet d’une telle ampleur », nous explique Phn Paul Perdieus. « Parallèlement, nous nous rendons bien compte que les prestataires de soins attendent – à juste titre – un système qui fonctionne de manière impeccable. Voilà pourquoi après son implémentation, nous nous concentrerons les prochains mois sur la poursuite de son optimisation. »

Un avant-goût de ce qui nous attend

Par ailleurs, Recip-e travaille également sur de nouvelles fonctions. Phn Paul Perdieus : « Nous prévoyons notamment une nouvelle fonction permettant à une personne de récupérer plus facilement des médicaments au nom d’une autre personne, par exemple un enfant ou un membre de la famille malade. D’autres plateformes et applications sont également prévues pour permettre aux patients de suivre et de gérer eux-mêmes leur consommation de médicaments, mais également d’échanger des informations avec leur pharmacien. À nouveau, il s’agit d’un pas en avant pour le patient, mais également pour nous, pharmaciens, qui pouvons accompagner toujours mieux les patients. » Un autre projet important de Recip-e, ce sont les prescriptions de renvoi pour la kinésithérapie ou les traitements infirmiers. Celles-ci pourront bientôt également être créées par voie numérique. 

« Exprimé ainsi, cela semble beaucoup », conclut Phn Paul Perdieus. « Nous ne nous y attardons pas suffisamment, mais les possibilités sont tellement énormes. Avant, nous ne pouvions communiquer avec les patients que s’ils se trouvaient dans la pharmacie. Aujourd’hui, nous disposons de nombreux outils pour suivre et soutenir en continu les patients. Je suis heureux de pouvoir contribuer à tout cela, à la fois comme secrétaire général de l’Ophaco et comme membre du Conseil d’administration de Recip-e. »

  1. Happy flow = voie la plus suivie dans un processus