Les débuts de Recip-e vus à travers les yeux de Luc Baert

Recip-e a 10 ans ! Le pharmacien Luc Baert n’a jamais quitté Recip-e, de ses premiers jours jusqu’à aujourd’hui, en 2020. Il nous parle de son point de vue sur Recip-e, de ses expériences, des défis relevés et bien sûr, de ses perspectives pour l’avenir.

Comment avez-vous vécu les débuts de Recip-e ?

« Tout a commencé avec le Medisch Discussieforum (MDF), regroupant des prestataires de soins enthousiastes avec un intérêt pour l’informatique. Le Ministère de la santé publique nous a ensuite demandé d’élaborer un modèle théorique pour la prescription électronique. Nous avons commencé à nous concerter à trois, chacun de nous disposant de compétences complémentaires. Il y avait le professeur Marc Nyssen, spécialiste en informatique médicale, Dr Theo Putzeys, médecin généraliste et moi-même, pharmacien. »


« À l’époque, internet n’était pas ce qu’il est aujourd’hui. Nous avons notamment envisagé une prescription sur carte électronique (par exemple la carte SIS). Heureusement, nous avons fini par choisir de travailler avec un serveur central. »

Quels ont été les principaux défis dans un premier temps ?

« Au départ, le principal défi a été de financer le projet. Nous n’avions pas les moyens financiers pour créer et tester un prototype. »

Quelle était la vision de Recip-e au départ ? Quelle est-elle aujourd’hui, et quelles sont les perspectives pour l’avenir ?

« L’objectif principal et une exigence absolue de Recip-e est de garantir la liberté du patient dans le choix de son prestataire de soins. Nous soutenons ce point à 200 %. C’est le principe de base de Recip-e.
Un deuxième point important, c’est que nous souhaitions développer un système qui puisse fonctionner en parallèle avec la prescription papier. Car il n’était pas envisageable de faire disparaître la prescription papier du jour au lendemain. Aujourd’hui encore, la prescription papier peut être utilisée en cas d’urgence (par exemple, lors d’une visite à domicile, etc.). »

Comment décrire le chemin parcouru par Recip-e jusqu’à présent ?

« Tout a commencé avec l’idée d’un serveur central. Le Ministère de la santé publique s’est ensuite intéressé à un modèle théorique que nous avons proposé en 2001. Cette proposition, tout comme le fonctionnement de la prescription électronique, nous l’avons élaborée jusqu’à aujourd’hui. 
L’année 2009 a été une année charnière. Proximus a en effet proposé des subventions pour la création d’un « Proof of concept ». Grâce à cela, nous avons pu réaliser et tester le système d’un point de vue technique. Le concept a ensuite été approuvé pour une subvention de l’INAMI. C’est alors que tous les prestataires de soins agréés de l’INAMI (médecins, pharmaciens, etc.) ont créé ensemble l’asbl Recip-e en 2010. »

Quelles sont vos responsabilités aujourd’hui au sein de l’asbl Recip-e ?

« La responsabilité de chacun est très claire au sein de Recip-e : nous devons veiller à la protection optimale des données médicales. Cela a toujours été ma principale préoccupation. En 2018, la législation RGPD est entrée en vigueur. Les données médicales sont des données très sensibles. Il était donc plus que nécessaire de nommer un délégué à la protection des données, ou Data Protection Officer (DPO). En tant que DPO, ma responsabilité est de vérifier que toutes les opérations effectuées dans l’écosystème Recip-e le sont correctement. »

La législation RGPD a été introduite en 2018. Les objectifs liés à cette législation sont-ils devenus beaucoup plus stricts ?

« La législation RGPD implique en effet de nombreuses nouvelles exigences. Mais en 2010, les principes de base de Recip-e ont été entièrement approuvés par le Comité sectoriel d’eHealth sur le plan de la sécurité et de la confidentialité. Cela confirmait le fait que nous étions sur la bonne voie en matière de confidentialité. Avec la législation actuelle et les nouvelles technologies qui ont été développées entre-temps, nous avons renforcé davantage encore nos politiques de confidentialité et de sécurité. »

Comment expliquer aux patients que leurs données sont en sécurité chez Recip-e ? 

« Lorsqu’un médecin rédige une prescription, celle-ci est directement stockée chez Recip-e sous forme cryptée. Le pharmacien peut ensuite récupérer et déchiffrer la prescription. Recip-e ne voit et n’a jamais accès au contenu des prescriptions. Depuis 2 ans maintenant, le patient peut consulter lui-même ses prescriptions sur www.masante.be. Pour ce faire, il doit utiliser sa carte d’identité électronique ou l’application Itsme. Seul le patient peut donc consulter ses propres prescriptions. »

Selon vous, quelles sont les principales étapes qui ont été franchies ?

« Le lancement du projet en 2001 reste l’étape décisive numéro un selon moi. La deuxième étape décisive a eu lieu en 2009, avec le développement du prototype. Il faut ensuite bien évidemment mentionner 2010, qui a été l’année de la création de l’asbl Recip-e. Pour la première fois, les prestataires de soins se sont tous rassemblés pour discuter du projet d’une application électronique. »

Comment envisager les 10 prochaines années de Recip-e ?

« Les opportunités résident principalement au niveau scientifique. À l’heure actuelle, nous disposons d’un système de transport des prescriptions électroniques fonctionnel et efficace. »


« Par ailleurs, la dématérialisation est à nos portes. Il est évident que dans une optique de dématérialisation, il est extrêmement important que le système fonctionne de manière optimale à l’avenir, y compris au niveau des différents fournisseurs de services et/ou des informations dans la chaîne, à savoir eHealth, MyCareNet, etc. Lorsque nous serons passés à la dématérialisation complète, la moindre panne dans le système, même durant 1 ou 2 minutes, peut avoir des conséquences très importantes. »