Rencontre avec Katrien Thorré, directrice de Recip-e, à l’occasion des 10 ans de l’asbl

Recip-e, c’est qui ?

« Après le Proof of Concept mis en place avec Belgacom, lancé par un médecin, un pharmacien et un informaticien, l’INAMI est entré dans la boucle en proposant un financement par projet. Une asbl a été créée à partir des associations de prestataires de soins siégeant au comité de l’assurance : médecins, pharmaciens, dentistes, sages-femmes, kinésithérapeutes et infirmiers (à domicile). Les représentants du Conseil d’administration de l’asbl Recip-e proviennent de ces différentes associations. Grâce à cela, les données médicales restent entre les mains des prestataires de soins eux-mêmes. Tant l’organisation Recip-e (l’asbl) que l’outil Recip-e (la prescription électronique) ont aujourd’hui 10 ans. Un anniversaire à fêter ! 

Il y a également l’équipe opérationnelle, dont le rôle est plus qu’utile. Longtemps, c’est le professeur Marc Nyssen qui a été à la tête du projet. Depuis le mois d’avril 2019, c’est moi qui en ai repris les rênes. Depuis lors, beaucoup de choses ont changé et de nombreuses nouvelles fonctionnalités ont été élaborées. Un autre aspect essentiel, c’est l’architecture qui doit permettre le traitement d’un nombre beaucoup plus important de prescriptions en même temps. En 2021, nous passerons en effet à 1 produit par prescription pharmaceutique. Nous avons donc besoin de plus de personnel, et notamment de profils informatiques qui pourront nous aider à développer des fonctions innovantes et à assurer la maintenance et le contrôle de notre outil. Enfin, nous implémentons également de plus en plus d’automatisations, afin de pouvoir effectuer un bon suivi. Aujourd’hui, nous sommes une dizaine, bien que tout le monde ne travaille pas à temps plein sur le projet. »

Comment Recip-e est-elle née ?

« Recip-e, c’est l’histoire d’un trio qui s’est concerté et a eu l’idée brillante d’assurer le transport des prescriptions par voie électronique. Ensemble, ils disposaient de toutes les compétences nécessaires pour développer l’excellent outil Recip-e. Il s’agissait en effet d’un informaticien (Prof. Dr Ir Marc Nyssen), d’un médecin (Dr Theo Putzeys) et d’un pharmacien (Phen Luc Baert). Ceux-ci ont collaboré avec Belgacom, devenu entre-temps Proximus, pour mettre en place un Proof of Concept. Ce qui était révolutionnaire, à l’époque.

Le mot « Recip-e » provient du latin « recipere » qui signifie « prendre ». Il fait également référence à la preuve de prescription électronique / prescription papier, où il est alors abrégé « R/ » afin de pouvoir ajouter le nom du médicament. Le « -e » séparé fait référence à l’aspect numérique, et donc à la prescription électronique. »

Quel est votre rôle au sein de Recip-e ?

« En tant que directrice, je gère à la fois l’équipe opérationnelle et le projet Recip-e, le tout en adoptant une approche basée sur la gestion de projet et la propriété du produit. Je suis moi-même pharmacienne de formation, avec un passé dans la recherche (PhD), et je peux aujourd’hui me targuer de disposer d’une réelle expérience dans le monde de la santé. Mon parcours m’a permis de comprendre les besoins commerciaux des prestataires de soins et des patients/citoyens. Nous partons toujours de ces besoins pour améliorer et développer continuellement notre outil. Nous interagissons énormément avec les parties prenantes, qu’elles soient directement ou indirectement impliquées. Nous avons ainsi accès à de nombreuses perspectives différentes dans le cadre de notre projet, ce qui nous permet d’identifier les opportunités pour l’avenir. Il est également important pour nous de communiquer avec les prestataires de soins sur le terrain. Nous pouvons ainsi détecter les problèmes et les solutionner, par le biais d’adaptations du logiciel ou non. Par ailleurs, nous travaillons avec différentes parties prenantes dans le cadre d’un comité multidisciplinaire où sont abordés les problèmes détectés : par exemple la législation est adaptée aux besoins.

La poursuite du développement du projet Recip-e n’est évidemment pas possible sans l’engagement d’une équipe toute entière. La plupart des membres de l’équipe Recip-e disposent d’une formation technique. Ce sont des ingénieurs ou des informaticiens qui travaillent en s’appuyant sur leurs expériences. À l’heure actuelle, nous avons engagé les profils suivants : architecte d’entreprise/directeur technique, analyste fonctionnel, développeur, directeur des opérations, responsable de la maintenance et du contrôle et helpdesk. Il va de soi que nous disposons également d’un DPO avec qui nous nous concertons très régulièrement, étant donné l’évolution continue et les modifications de fonctions. Il y a également un directeur de la communication qui se charge de simplifier et de clarifier les messages à destination de nos utilisateurs. Et de temps en temps, nous faisons appel à des experts pour des missions spécifiques (techniques ou commerciales).

Dans le cadre des développements, il est en outre important pour nous de garder un bon contact avec nos utilisateurs, tant les utilisateurs de première ligne (les éditeurs de logiciels) que les utilisateurs finaux (les prescripteurs, fournisseurs et patients). Voilà pourquoi nous avons mis en place, en 2020, un groupe consultatif pour les fournisseurs de logiciels et prestataires de soins. Nous nous concertons également régulièrement avec les associations de patients. Nous souhaitons répondre autant que possible à leurs souhaits et besoins. »

Comment décririez-vous le chemin parcouru par Recip-e jusqu’à présent ?

« Au départ, l’objectif était avant tout de permettre le transport en toute sécurité la prescription électronique. Nous avons veillé à ce qu’il soit possible de créer et de récupérer des prescriptions électroniques. C’était déjà un bel exploit en soi. 

Aujourd’hui, nos ambitions ont un peu changé. Nous avons pour objectif de prévoir des fonctionnalités supplémentaires pouvant apporter une véritable plus-value tant pour le prescripteur que pour le fournisseur ou le patient. Nous avons donc développé tout ce qui est nécessaire pour parvenir à la dématérialisation (c’est-à-dire la possibilité de se rendre chez son pharmacien sans prescription papier). 
Concrètement, le médecin souhaite savoir ce qu’il en est de l’observance thérapeutique de son patient. Voilà pourquoi nous avons développé une fonction supplémentaire permettant au médecin d’obtenir ces informations, et donc d’accompagner son patient de manière plus ciblée lors de la consultation. 

Par ailleurs, le patient pourra également réserver un médicament à l’avenir. Il pourra en outre interdire l’accès à ses données confidentielles présentes sur la prescription à son pharmacien s’il le souhaite. Le pharmacien bénéficie lui aussi d’une plus-value de la part de Recip-e. Nous contrôlons en effet la validité des prescriptions et ne donnons accès aux pharmaciens qu’aux prescriptions encore valables. Cela leur permet de gagner du temps pour mieux accompagner leurs patients. 

À l’avenir, nous prévoyons également que le patient puisse tout gérer par voie électronique, par le biais de l’octroi d’un mandat, par exemple. La numérisation pour ceux qui le souhaitent et la possibilité de demander une preuve papier pour les autres. »

Quelles sont les possibilités futures qui s’offrent à Recip-e selon vous ? 

« Nous prévoyons un service pour les messages non adressés qui permette aux patients d’exercer tous leurs droits au choix. Nous souhaitons préserver cela pour l’avenir. Le patient pourra également jouer un rôle encore plus central en interférant dans son traitement et en ayant l’opportunité de donner son avis s’il le souhaite.

Il existe encore de nombreuses possibilités pour l’avenir, tant pour la prescription pharmaceutique que pour les futures instructions d’orientation. Ces prescriptions ne prévoient pas uniquement une première prescription, mais également un renouvellement de prescription, et peuvent être proposées à partir d’un historique au prescripteur. Une prescription n’inclut pas nécessairement la demande d’un acte de soin. Elle devrait également pouvoir inclure une demande de conseil.

Les fonctions de ce genre simplifient le travail du prescripteur, ainsi que du prestataire de service qui doit attendre la prescription de prolongation. Ainsi, il est possible de se concentrer en priorité sur les soins. Le patient est également débarrassé de toutes sortes de tâches administratives qui lui font actuellement souvent prendre du retard.

Nous prévoyons d’étendre nos services à tous les autres prestataires de soins, notamment les kinésithérapeutes, radiologues, biologistes cliniques, infirmiers à domicile, etc. Nous partons de l’aspect commercial, et donc de ce que les prestataires de soins souhaitent recevoir comme service pour pouvoir fournir des soins optimaux à leurs patients. Il est très important que nous détections et solutionnions tous les problèmes de la situation actuelle, tout en réfléchissant de manière proactive à ce que nous pouvons encore faire aujourd’hui. Souvent, nous rencontrons des prestataires de soins qui ont d’excellentes idées d’innovations. Voilà pourquoi nous nous concertons très régulièrement avec les prestataires de soins sur le terrain, quelle que soit leur discipline.

Stimuler l’interaction entre les différents prestataires de soins est l’un des objectifs que nous souhaitons poursuivre et prévoir dans notre outil. Le patient peut ainsi jouer un rôle central et interagir à tout moment. Il peut également gérer ses prescriptions par le biais de différents canaux, les attribuer à un prestataire de soins, et se concerter avec son prestataire de soins sur la base des informations auxquelles il aura accès à tout moment grâce à Recip-e et aux canaux disponibles pour les patients. Enfin, nous continuerons à travailler pour proposer un outil de qualité et sûr.

Voilà les ambitions que nous avons pour l’avenir ! »